Patrimoine

Les moulins à eau

La Lozère, pressentie pour être nommée "département des sources" possède 437 cours d'eau pour un parcours de 2 880 km, sans qu'aucun ne provienne de départements voisins. Les massifs granitiques de la Margeride, du Mont Lozère et de l'Aigoual déterminent la ligne de partage des eaux entre Méditerranée et Atlantique, ainsi que les bassins versants du Rhône, de la Loire et de la Garonne. L'eau a été de tout temps exploitée et au moyen-âge le Gévaudan était l'un des fleurons de l'activité textile fabricant les cadis, des toiles réputées dans tout le royaume et foulées grâce aux nombreux moulins. De même l'importance des cultures de céréales, depuis le haut moyen-âge jusqu'au début du 20è siècle, a nécessité la mise en place de nombreux moulins de proximité.

En 1809, 1 268 moulins à eau étaient recensés en Lozère pour seulement 2 moulins à vent. Parmi les moulins à eau, 416 étaient à roue verticale et 832 à roue horizontale, ce dernier système étant en effet le plus simple, notamment pour des ruisseaux à faible débit.

Il faut dire que le besoin de moudre était tel, que le moindre ruisseau était prétexte à l'installation d'un moulin. Chaque foyer cultivait du seigle pour le pain, de l'avoine et de l'orge pour les animaux. Certains faisaient également moudre des noix et le plus souvent, dans le nord lozère, des faines de frêne pour obtenir de l'huile. On rapporte en effet que la faine produit une huile alimentaire et pour l'éclairage, et qu'elle est aussi bonne que l'huile d'olive. Les moulins qui faisaient ce genre de produits ont été particulièrement acitfs durant les guerres, en raison du rationnement de l'huile. De nombreux lieux-dits ou des toponymes révèlent encore l'existence d'anciens moulins. Meunier était souvent une activité uniquement saisonnière et complémentaire à l'exploitation agricole.

Architecture :

En général de petite taille, les moulins du nord lozère renferment dans un même bâtiment 2 moulins à roue horizontale indépendants mais alimentés par la même réserve d'eau. Ainsi, on disposait d'un moulin à farine panifiable, c'est-à-dire pour le pain, et un autre avec des meules un peu plus petites pour moudre plus grossièrement les céréales destinées aux animaux.

Les meules à l'origine toutes en granit, ont été progressivement remplacées au 19è siècle, par des meules en pierres meulières venues de Seine et Marne. Les moulins dits "de l'âne" servaient exclusivement à la fabrication de l'huile et comme leur nom l'indique c'est un animal, très souvent un âne, qui entraînait le mécanisme faisant tourner la meule de forme conique placée sur une grande cuve en pierre peu profonde dans laquelle une rainure canalisait l'écoulement du précieux liquide vers une autre cuve.

L'installation d'un moulin, notamment sur des petits ruisseaux où la pente n'est pas très importante, nécessitait tout un aménagement hydraulique afin de capter dans une grande tranchée - un béal - de l'eau en amont et la construction d'une digue - la gourgue - pour l'amener en une puissante chute d'eau au moulin. Grâce à un judicieux jeu de vannes, la puissante arrivée d'eau entraînait alors les axes - les aubes - qui, à l'aide des engrenages, actionnaient la meule. Le béal s'engouffre sous la bâtisse pour rejaillir plus en aval. 

Aujourd'hui :

De nos jours, beaucoup de moulins sont en ruines. A partir de 1925, la diminution de la culture du seigle et l'achat généralisé de pain a entraîné le déclin des moulins à farine panifiable. Puis, à partir des années 1950-1960, chaque foyer a acheté un concasseur à grain électrique pour les céréales animales, rendant l'utilisation du moulin moins pratique.

Quelques moulins cependant sont classés et peuvent se visiter. D'autres ont été reconvertis en stations de pisciculture, en centrale micro-électrique ou en coquettes résidences secondaires qui bénéficient d'un environnement et d'une fraîcheur particulièrement appréciés en été.